Miss Night's Marbles

Musings, mumbles, marvels, and sometimes mockery, live from kindergarten.

Un gamin de ce genre… (THAT kid, en français…)

on 23 November, 2014

I am so delighted to be able to post this beautiful translation of my “Dear Parent: About THAT kid” letter. Heartfelt thanks to Stéphane Auberval, a French student, living in the UK, who voluntarily did the translation. He has captured not only the content, but also the tone and spirit, of my original letter, and I remain eternally grateful. Although I am bilingual, myself, I don’t think I could have done as marvellous a job.

Je suis énormément heureuse de vous présenter la traduction française de ma lettre originale: “Dear Parent, About THAT kid…” Mes plus grands remerciements à Stéphane Auberval, un étudiant français, présentement au Royaume Unis,  qui s’est porté bénévole à faire la traduction. Il a réussi à capter non seulement le contenu, mais aussi le ton et l’esprit, de mon texte originale. J’en suis éternellement reconnaissante. Même en étant bilingue, moi-même, je n’aurais jamais pu faire une traduction aussi merveilleuse.

Et, voila:

Cher parent,

Je sais. Vous vous faites du souci. Chaque jour, votre enfant rentre à la maison en vous racontant les dernières prouesses du p’tit Kevin ou de la p’tit’ Tatiana. Kevin ou Tatiana, c’est le gamin ou la gamine qui est du genre à frapper les autres enfants, à les bousculer, les pincer, les griffer tout le temps, voire peut-être les mordre. C’est celui ou celle qui doit tout le temps me tenir la main dans le hall d’entrée. Celui ou celle qui a sa place près du prof sur le tapis et qui parfois s’assied sur une chaise au fond de la classe plutôt que par terre avec tout le monde. Celui ou celle à qui on a interdit certains jouets, surtout les briques de construction car elles ne sont pas censées être utilisées comme projectiles. Celui ou celle qui a escaladé la clôture de la cour de récré alors même que je lui demandais d’arrêter. Celui ou celle qui a jeté le lait de son camarade de classe par terre dans un accès de colère. Exprès. Devant moi. Et puis, quand je lui ai demandé de nettoyer, a vidé le distributeur de serviettes en papier dans son INTÉGRALITÉ. Exprès. Devant moi. Celui ou celle qui a lâché le VRAI DE VRAI gros mot en P- en cours d’EPS.

Vous vous demandez si le p’tit Kevin ou la p’tit’ Tatiana n’est pas en train de nuire à l’apprentissage de votre enfant. Vous vous demandez s’il ou elle n’accapare pas trop mon temps et mon énergie, et si votre enfant n’en fera pas les frais. Vous vous demandez si un de ces jours il ou elle finira par envoyer quelqu’un à l’hôpital. Vous vous demandez si ce quelqu’un pourrait bien être votre enfant. Vous vous demandez si votre enfant ne va pas finir par recourir à la violence pour obtenir ce qu’il veut. Vous vous demandez si les résultats scolaires de votre enfant ne vont pas souffrir du fait que je n’ai pas remarqué qu’il a du mal à tenir son crayon. Je sais bien.

Mais cette année, dans ma classe, et à ce stade, votre enfant, bien au contraire de Kevin ou Tatiana, est loin d’être un gamin de ce genre. Votre enfant n’est certes pas parfait, mais en général il suit les règles. Il est capable de partager les jouets de manière pacifique. Il ne jette pas son dévolu sur le mobilier scolaire. Il lève la main pour demander la parole. Il fait son travail pendant les heures de classe, et attend sagement la récré pour jouer. On peut lui faire confiance : quand il va aux toilettes, c’est vraiment pour aller aux toilettes. Et les seuls gros mots qu’il connaisse en S ou en C sont « stupide » et « crotte ».

Je sais bien, et ça m’inquiète moi aussi, que Kevin et Tatiana soient des gamins de ce genre.

Car, voyez vous, moi aussi je me fais du souci. Tout le temps. Et pour TOUS mes élèves. Pour votre enfant par exemple, quand il tient mal son crayon, ou pour cet autre enfant qui en lecture n’arrive toujours pas à décoder le son que fait telle ou telle lettre, ou encore pour la petite, haute comme trois pommes, qui est incroyablement timide, ou encore pour cet autre enfant dont la boîte repas n’est jamais bien remplie. Je me fais du souci pour Jonathan, dont le manteau n’est pas assez chaud, ainsi que pour Melissa qui se fait hurler dessus par son papa parce qu’elle écrit la lettre d à l’envers. Je passe mes journées entières à me faire du souci, un souci qui me ronge, à l’école, à la maison, en voiture, et même jusque sous la douche.

Mais je sais, vous n’avez qu’une seule envie, c’est de me parler de Kevin et de Tatiana. Parce que les d qui ressemblent à des b chez Melissa, ça risque pas de causer un œil au beurre noir à votre enfant.

Moi aussi je voudrais bien vous parler de Kevin ou de Tatiana, mais il y a tellement de choses que je n’ai pas le droit de vous dire.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’elle a été adoptée dans un orphelinat à l’âge de 18 mois.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’il suit un régime alimentaire strict dû à une suspicion d’allergie alimentaire, et que par conséquent il a faim CON-STAM-MENT.

Je n’ai pas le droit de vous dire que ses parents sont en plein milieu d’un divorce à la Kramer contre Kramer, et qu’elle a été placée chez Mamie en attendant.

Je n’ai pas le droit de vous dire que ladite Mamie est portée sur la bouteille, j’en ai bien peur…

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’en raison de son asthme, Kevin doit prendre un inhalateur dont l’un des agents actifs a pour effet secondaire de le rendre hyperactif.

Je n’ai pas le droit de vous dire que sa maman est mère célibataire, et que donc elle dépose la petite au périscolaire dès qu’ils ouvrent, et qu’elle peine à arriver avant l’heure de fermeture, sans compter le trajet entre la maison et l’école, qui dure 40 minutes et qui fait que les nuits de Tatiana sont plus courtes que celles de la plupart des adultes.

Je n’ai pas le droit de vous dire que Kevin a été témoin de violences conjugales.

« Pas de problème, » vous entends-je déjà dire. Vous comprenez parfaitement que je ne sois pas autorisé à partager toutes ces informations puisque confidentielles. Mais vous vous demandez quand même pourquoi je ne mets pas les BOUCHÉES DOUBLES pour faire en sorte que Kevin et Tatiana se tiennent à carreau.

Je voudrais bien tout vous expliquer. Mais je n’ai pas le droit.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’elle reçoit des cours d’orthophonie, que son dernier bilan a montré un retard de langage sévère, et que la thérapeute pense que son agressivité est liée à la frustration de ne pas savoir s’exprimer.

Je n’ai pas le droit de vous dire que je reçois ses parents régulièrement, TOUTES les semaines en fait, et que le couple finit en larmes à la plupart de nos réunions.

Je n’ai pas le droit de vous dire que Tatiana et moi avons établi un code secret dont elle se sert pour me faire comprendre qu’elle a besoin de s’isoler un moment.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’à la récré il demande souvent la permission de venir sur mes genoux pour que je lui fasse un câlin parce que « ça me fait du bien d’entendre ton cœur, maîtresse. »

Je n’ai pas le droit de vous dire que j’ai méticuleusement répertorié chacun de ses épisodes agressifs sur les 3 derniers mois, et qu’elle est passée d’une moyenne de 5 incidents par jour à 5 par semaine.

Je n’ai pas le droit de vous dire que la secrétaire de l’école a accepté que je lui envoie Kevin dans son bureau pour « prêter main forte » quand il a besoin de changer d’air.

Je n’ai pas le droit de vous dire que je me suis levé(e) en plein conseil d’école, des larmes plein les yeux, IMPLORANT mes collègues de suivre Tatiana de très près et d’être indulgents avec elle, même quand ça les enrage qu’elle vienne tout juste de frapper un élève, POUR LA N-IÈME FOIS, et JUSTE SOUS LE NEZ D’UN COLLÈGUE, en plus.

Le truc, c’est qu’il y a TELLEMENT de choses que je n’ai pas le droit de vous dire à propos de Kevin et de Tatiana. Et je n’ai même pas le droit de vous parler de ce qui va bien non plus !

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’il est en charge d’arroser les plantes de la classe, et que lorsqu’on a perdu l’une de ces plantes pendant les vacances de Noël il a fondu en larmes.

Je n’ai pas le droit de vous raconter comme elle dit au revoir à sa petite sœur tous les matins en lui faisant un gros bisou et en lui chuchotant à l’oreille : « Tu es mon ange de lumière » avant que Maman ne reparte avec la poussette.

Je n’ai pas le droit de vous dire que ses connaissances sur certains phénomènes climatiques feraient pâlir de jalousie la plupart des présentateurs météo.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’elle me propose souvent de l’aide pour tailler les crayons alors que c’est l’heure de la récré.

Je n’ai pas le droit de vous dire qu’elle caresse les cheveux de sa meilleure amie pendant la sieste.

Je n’ai pas le droit de vous dire que quand un de ses petits camarades se met à pleurer, il se précipite dans le coffre à jouets pour aller lui chercher sa peluche préférée.

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Le truc, cher parent, c’est que je n’ai le droit de vous parler que de votre enfant à VOUS.

Du coup, ce que j’ai bel et bien le droit de vous dire, c’est que…

Dans l’éventualité où votre enfant à vous deviendrait un gamin de ce genre, je peux vous garantir que…

Je ne partagerai pas vos données confidentielles avec d’autres parents d’élève.

Je communiquerai avec vous avec régularité, avec clarté et avec courtoisie

Je m’assurerai qu’il y aura des mouchoirs à portée de main à tous nos rendez-vous, et si vous m’autorisez, je vous tiendrai la main quand vous pleurerez.

Je défendrai les intérêts de votre enfant et de votre famille afin que vous receviez les services des plus fins professionnels de l’éducation, et je travaillerai avec eux dans la plus étroite collaboration possible.

Je m’assurerai que les carences affectives de votre enfant soient comblées voire dépassées au moment où il en aura le plus besoin.

Je me ferai la voix de votre enfant au sein de notre communauté scolaire.

Je continuerai, coûte que coûte, à chercher, et à trouver, tout ce qu’il y a de bon, d’incroyable, d’unique et de formidable chez votre enfant.

Je lui rappellerai, sans relâche, à lui mais à vous aussi, toutes ces bonnes choses, tous ces talents, toutes ces merveilles dont il est capable.

Et quand un autre parent viendra me voir, en s’inquiétant par rapport à votre enfant à VOUS…

Je lui raconterai toute cette histoire inlassablement. Depuis le début.

Chaleureuses salutations, pleines d’empathie.

Prof

 

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  • Si vous voulez faire d’autres traductions de la lettre, je vous demande de me contacter pour en discuter.

 


One Response to “Un gamin de ce genre… (THAT kid, en français…)”

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